Méthanisation : un essor considérable qui ne doit pas faire oublier une acceptabilité sociale encore fragile

L’essor actuel de la méthanisation dans le Grand Ouest peut être observé en un simple coup d’œil sur le site Internet de l’AILE (Association d’Initiatives Locales pour l’Energie et l’Environnement). Une carte animée y représente en effet le développement rapide des installations, ces dernières années. Une croissance qui est la conséquence directe du Plan Biogaz, initié par l’ADEME et les Régions Pays de la Loire et Bretagne.
Lancé à partir de 2007, le Plan vise à coordonner le développement de la méthanisation, grâce à un travail d’information, de formation et d’accompagnement des opérateurs. Et le succès est au rendez-vous. Depuis sa mise en place, 17 nouvelles unités de valorisation du biogaz sont apparues en Pays de la Loire. Une accélération du rythme est même constatée, pour le Plan actuel couvrant la période « 2011-2013 ».
« Sur les deux régions, une cinquantaine de nouvelles installations devraient voir le jour d’ici 3 ans, soit quasiment un doublement du parc actuel, explique Gaëlle Le Guen, Chargée de mission à l’AILE. Au-delà de ce développement quantitatif, des nouveautés apparaissent également sur le plan des applications. Ainsi, en complément à la cogénération chaleur/électricité ou à l’injection de bio-méthane dans le réseau de gaz naturel, quatre projets dans les Pays de la Loire approfondissent la question d’une valorisation du biogaz sous forme de carburant (voir encadré). Ces innovations sont étudiées dans le cadre du projet EIE Bio-Methane Regions qui permet un échange d’expérience à travers toute l’Europe ».
Des blocages à lever
La méthanisation apporte donc des réponses éprouvées, et de mieux en mieux connues, pour contribuer au développement des énergies renouvelables. Toutefois, il arrive encore que des projets soient bloqués, en raison d’un manque de dialogue entre les maîtres d’ouvrage et les divers acteurs présents dans le voisinage de la future installation. Il faut dire qu’en impliquant une valorisation de résidus agro-alimentaires ou de boues de station d’épuration, ainsi qu’une production de gaz, la méthanisation réunit tous les éléments pour alimenter chez les riverains des craintes de pollutions olfactives ou chimiques.
« Parfois sous-estimée par les porteurs d’un projet, la communication est une composante essentielle pour l’acceptabilité d’une installation, souligne Caroline Marchais, Déléguée générale du Club Biogaz, car en l’absence de dialogue, les peurs finissent souvent par s’installer et le projet peut se retrouver dans une situation de blocage. De telles extrémités sont évitables, en faisant entendre les atouts de la méthanisation pour le territoire, comme la création d’emplois locaux, la production d’une énergie renouvelable ou la fertilisation des terres agricoles. Il est donc fondamental de créer une dynamique locale, dès le début du projet, en informant les riverains et les collectivités. Il est tout aussi important de recueillir leurs avis pouvant améliorer la conception de l’installation ». Face à l’ensemble de ces enjeux, le Club Biogaz vient d’éditer un guide de bonnes pratiques pour les projets de méthanisation (disponible sur Internet) et propose des formations consacrées à la communication et à la concertation.
Un carburant renouvelable issu des déchets
Aujourd’hui, de nouvelles perspectives s’offrent à la valorisation des déchets, avec la production d’un « BioGNV ». En bout de processus de méthanisation, la compression du bio-méthane à 200 bars le rend en effet utilisable par les véhicules circulant au GNV, sans adaptation de la motorisation ou des stations de distribution. « Les gammes de véhicules légers utilitaires ou de tourisme, ainsi que de véhicules lourds existent déjà, précise Caroline Marchais. Les performances sont au rendez-vous, avec des autonomies atteignant 500 km. Et avec son efficacité énergétique et la possibilité offerte de remplacer les énergies fossiles, le bio-méthane carburant constitue sans aucun doute une des applications d’avenir pour la méthanisation ».

Nils Bruder pour valeur énergie Pays de la Loire